Hors la loi ?

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40, rue de Lausanne : Oyez, oyez, il y a de l’argent à se faire aux Pâquis !


En voilà un cas qui a été difficile à catégoriser ! Le 40 rue de Lausanne, c’est le combat emblématique de l’association des habitant.e.s des Pâquis, symbolisant virtuellement toutes les dérives du marché immobilier à Genève.

Des autorisations ? Pourquoi faire ?

Tout commence en 2011, lorsque cet immeuble de logements locatifs, surélevé en 2006 de deux étages, est racheté par la société Vision Genève S.A. Cette société pour le moins peu scrupuleuse s’empresse d’adresser un congé à tous les locataires, et dès 2012, l’Etat constate des démolitions sans autorisation à certains étages. Seuls trois locataires ont décidé de résister et refusent par voie légale de quitter les lieux.

Et hop ! Changement d’affectation !

Peu impressionnée, la société propriétaire dépose en août 2012 une demande d’autorisation pour louer les appartements en meublés destinés au personnel des organisations internationales. Avec des loyers de 4’900 à 5’800 francs par mois pour un logement de trois pièces, on comprend bien leur intérêt à un tel changement d’affectation. Et la crise du logement, dans tout ça ?

Mais voilà que l’association d’habitant.e.s, peu coopérative, s’oppose à l’opération. En octobre 2013, l’Etat lui donne partiellement raison, en autorisant certes la transformation des appartements, mais en imposant ensuite les plafonds de loyer fixés par la Loi sur les Démolitions, Transformations et Rénovations, (loyers autorisés : 3’405,- la pièce par année), et en demandant à ce que les locataires existants soient relogés.

 

 

Ce dernier point ne sera toujours pas respecté lorsque les travaux reprennent en 2014. A ce moment-là, les locataires subsistent dans des conditions inimaginables, qui feront finalement intervenir en urgence le Service du Feu puisque leur sécurité est en jeu. Ils seront relogés en 2015.

D’une pierre deux coups

C’est alors que s’ouvre le prochain épisode de cette saga romanesque. Cette fois-ci, on découvre que la société propriétaire a eu la brillante idée de faire loger les ouvriers du chantier… sur le chantier. Encore plus fort, elle leur déduit pour cela 2’440 francs chacun par mois sur leur salaire, pour les faire dormir à deux dans un studio. Il fallait y penser ! Quand l’affaire s’ébruite, les ouvriers sont simplement licenciés. Ben voyons. Soutenus par les syndicats, ils lanceront une procédure aux Prud’hommes.

Ni vu, ni connu

Au 40 rue de Lausanne, les appartements sont maintenant terminés, et en octobre 2016, enfin, de la lumière apparaît à nouveau aux fenêtres des étages. Ravie de l’agencement spectaculaire du hall d’entrée, l’association d’habitant.e.s furète tout de même sur internet pour connaître les tarifs de location.

On vous le donne en mille : Un studio en attique à 3’000 francs par mois, ça vous intéresse ? Sinon, on peut aussi vous proposer un trois-pièces aux étages à 4’900 francs par mois, y.c. 3,8% de TVA, confirmant par là que ce sont bel et bien des appart’hôtel meublés avec services.

Dernières informations : aux courriers qui lui ont été envoyés personnellement par Survap en novembre 2016, puis par l’Asloca les 25 janvier et 27 juin dernier pour l’informer de ces agissements, M.A. Hodgers, Conseiller d’Etat en charge du DALE, répond le 2 août:  » […] mes collaborateurs sont intervenus à plusieurs reprises et [que] l’office compétent a déjà ordonné des mesures et infligé des sanctions administratives ». Nous n’en savons pas davantage sur les mesures et sanctions ordonnées, mais l’immeuble continue d’être occupé, on ne sait pas à quel prix, et toujours sans être au bénéfice de l’attestation de fin de travaux exigée par l’Etat avant toute occupation ou exploitation.

Non, vraiment non, Vision Genève, S.A., ils ont fait très fort, au 40 rue de Lausanne…


32, quai Gustave-Ador


Dans le quartier des Eaux-Vives, dans le plan de site de la rade, et donc normalement protégé par celui-ci, se trouve un bâtiment de logements construit en 1890 par l’architecte genevois Georges Matthey (également auteur, notamment, de l’ancienne école du Grütli, actuelle Maison des Arts).

Destruction d’un patrimoine protégé

Or, bien que situé dans un périmètre protégé, dont le règlement précise que tous les « éléments de décor intérieurs et extérieurs » doivent être conservés, ce bâtiment, qui appartient au magnat de l’audiovisuel français, Claude Berda, également promoteur immobilier à coup de millions dans le futur quartier de l’Etang à Vernier, a été presque entièrement vidé de ses aménagements intérieurs. A part un appartement au rez-de-chaussée, tous les autres ont vu la suppression complète de leurs plafonds moulurés ou non, parois, menuiseries, cheminées, parquets etc. pour être vendus comme des plateaux vides aménageables au gré du preneur ! Il s’agit donc d’une opération d’empaillage- on garde la façade, mais on détruit tout l’intérieur – normalement interdite, qui plus est en zone protégée !

Deux lois violées

Aux dernières nouvelles, le propriétaire aurait reçu une petite amende de quelques dizaines de milliers de francs et l’obligation d’aménager des appartements de compensation dans un immeuble de bureaux aux Pâquis ! La loi de la protection des monuments et des sites (LPMNS) et la loi sur les démolitions, transformations et rénovations (LDTR) ont été violées, mais le promoteur en question (qui est désormais parti vivre en Belgique) apparaît comme un bienfaiteur dans les discours officiels et dans la presse pour son action à Vernier, la construction d’un quartier de mille logements, des bureaux, un hôtel etc.

Cet exemple illustre une scandaleuse inégalité de traitement – ceux qui appliquent la loi et les autres – et ouvre la voie à d’autres opérations du même type.

Un problème d’inégalité de traitement qui risque de créer un précédent !


Quel est pour vous le pire dans cette catégorie ?

  • 40, rue de Lausanne (65%, 184 Votes)
  • 32, quai Gustave-Ador (35%, 98 Votes)

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