La surélévation la plus ébouriffante

Pour le vote, c’est en bas de la page.


2-4, rue des Deux-Ponts


Histoire de la surélévation de la surélévation, ou comment empiler les profits !

En 2010, à la Jonction, l’ancienne usine Beyeler est transformée en résidence hôtelière pour une chic université américaine, la Webster University, 56’880 francs d’écolage par année. Son campus se trouve à Bellevue, dans un parc, près du lac, mais elle propose également des chambres en ville, pour 118 étudiant-e-s, à 1’000.- francs mensuels.

La même année, pour le compte des propriétaires – les Berges du Rhône – une deuxième demande de surélévation est déposée. Trois recours concernant des dépassements de hauteur, sur cour et sur rue; le non- respect de l’alignement avec les bâtiments voisins, etc., ont été déposés par deux instances patrimoniales et la Ville de Genève. Malheureusement, en juillet 2017, le Tribunal Fédéral a donné raison aux propriétaires !

Deux étages plus deux étages sur un bâtiment de 4 niveaux, c’est passer du simple au double !

Justement, nos deux boîtes, artistiquement superposées, accueilleront une douzaine de lits et de grandes terrasses … qui pourront être reliées à celles du voisin. Un voisin qui poussera sur un terrain appartenant à l’Etat, s’appuyant sur ce nouveau gabarit alléchant bien qu’hypothétique : construire un immeuble de 10 niveaux, à la place de l’ancienne usine Stern.

La loi sur les surélévations, imposée par la Chambre immobilière genevoise et la droite, a été adoptée par le Grand Conseil en 2008, puis votée par le peuple.

Elle ne visait pas seulement à surélever les bâtiments existants, mais elle a aussi permis d’augmenter le gabarit pour toute nouvelle construction de logements (en zone 2, on passe de 24 mètres à 30 mètres et en zone 3, de 21 mètres à 27 mètres). Dans les projets de surélévation, en général 2 étages, c’est plus rentable, le promoteur densifie sans payer le terrain, ça tombe bien, car il est assez cher au centre-ville et on ne lui demande pas de plus-value sur le nouveau profit qu’il obtient.

« Construire un étage supplémentaire libère de facto un espace équivalent supplémentaire pour un équipement public ou un espace vert » nous avaient promis les promoteurs :

où sont-ils ? qui les financera ? Le quartier de la Jonction étouffe !

sorber la crise du logement ?

Surélever coûte cher, mais peut rapporter gros : on augmente les loyers de tout le monde en incluant quelques rénovations et on explose les loyers des nouveaux logements : « Pour les étages surélevés, nous acceptons des loyers de 7’000.- à 8’000.- la pièce/an, soit 2 à 2,5 fois le plafond LDTR de 3’405.- qui ne permettrait pas de réaliser une surélévation  » (S. Dufresnes, directrice générale des autorisations de construire, in Interface 17, 2013). Plus de 80 % des surélévations se font en Ville de Genève, déjà la commune la plus dense du canton : chercher l’erreur … Pour un potentiel estimé à 5’000 logements, mais une centaine seulement réalisée chaque année : où sont les milliers de logements des Cherpines ? Des Communaux d’Ambilly ?

Contre la surdensification du centre-ville !


 

3, rue Butini : une villa sur le toit avec la complaisance de l’Etat !


Nous sommes au bord de la place De-Chateaubriand, non loin du lac, et la mode des surélévations fait des émules. Bon prince, le Conseil municipal de la Ville de Genève renonce le 7 novembre 2006 à une servitude au 3, rue Butini pour permettre la construction de 4 appartements de 2, 3, et 6 pièces en surélévation. Aux termes de l’autorisation délivrée le 7 mai 2010, le propriétaire, Antoine Hubert, peut créer 4 appartements « en toiture », avec des loyers qui ne doivent pas excéder 6’225 CHF la pièce et ceci pendant 10 ans.

Courant 2011, les travaux sont terminés, et le 3, rue Butini est maintenant coiffé de deux étages supplémentaires, joliment recouverts d’un revêtement boisé et munis de terrasses abondamment végétalisées. Une vraie villa sur les toits. Mais – surprise – ces nouveaux étages sont manifestement occupés (lorsqu’ils le sont) par une seule et même entité.

Pas vu, pas pris !

Si l’État justifie les surélévations par le besoin de résorber la crise du logement, alors un tel détournement est choquant. Dès décembre 2011, SURVAP, l’association des habitants des Pâquis, prie l’Office des autorisations de construire du DCTI par courrier de bien vouloir vérifier que les appartements soient mis en location conformément aux conditions de l’autorisation délivrée. Sans réponse, un nouveau courrier recommandé est envoyé le 14 janvier 2012. En vain. Sans autre recours, l’association finit par informer la Cour des comptes de la surdité du DCTI.

Enfin en mars 2012, le DCTI informe l’association par téléphone, que, surchargé, il n’avait pas pu répondre, mais qu’il allait incessamment faire le nécessaire. Incessamment ? Il faudra attendre encore une année pour qu’en mars 2013, le DCTI procède à un contrôle sur place. Le département ne constatera pas moins de neuf infractions concernant les travaux autorisés, notamment la réunion des quatre appartements initialement prévus en un seul et même logement, ainsi que d’autres travaux entrepris sans autorisation, comme des transformations d’appartements aux étages inférieurs. Une (modeste) amende de 50’000 francs est infligée à la société propriétaire.

Politique du fait accompli

En avril 2013, le nouveau propriétaire et architecte de l’opération, Alain Meylan, dépose une nouvelle requête en travaux afin de régulariser les « infractions ». SURVAP et la Ville de Genève s’y opposent et exigent la mise en location des quatre appartements conformément à l’autorisation. Informée, la Cour des comptes renonce à se mêler de l’histoire pour l’instant.

Trois années passent, sans que la douceur de vivre ne soit troublée dans la villa sur les toits. En juin 2016, un député du Grand Conseil questionne le Conseil d’Etat afin de connaître l’état de la procédure et les décisions de l’État. La réponse de François Longchamp, Président dudit Conseil, est lénifiante : « les travaux effectués ne sont pas conformes à l’autorisation / seul un retour analogue à la situation initiale permettra la légalisation de la situation / l’amende de CHF 50’000 n’a jamais été payée / l’instruction DD 105 711 est encore en cours ».

Nous sommes en 2017, et la situation sur place semble inchangée. Certes, le DALE demande des compléments de pré-synthèse et n’en finit pas d’instruire. Mais soyons clairs : l’Etat temporise. A croire que le propriétaire ainsi que le DALE attendent que les années passent pour que les mécontent.e.s de ce laxisme se lassent.


Quel est pour vous le pire dans cette catégorie ?

  • 3, rue Butini (54%, 146 Votes)
  • 2-4, rue des Deux-Ponts (46%, 122 Votes)

Total Voters: 268

Loading ... Loading ...

La suite des votes c’est par ici