La spéculation la plus lucrative

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16, bd St.Georges: « Saint-Georges Center »


 Un bâtiment tellement chic

Une façade cintrée se déclinant sur 150 mètres en treize nuances du brun-rouge au rose pâle, une silhouette « ovoïde et sensuelle » aux « rondeurs translucides » dessinée par des architectes venus de la lointaine Allemagne, des parois en pin d’Oregon, un air pur, doux et chaud propulsé par quelque vingt-cinq sondes géothermiques : ce n’est pas seulement un immeuble administratif, c’est une apparition.

Fin 2016, le Saint-Georges Center – sis au boulevard du même nom – a décroché un énième superlatif : la vente de cet immeuble administratif à La Bâloise est, selon le magazine Bilan, la transaction la plus onéreuse de l’année 2016 dans le canton : 141,25 millions de francs. A ce prix, on imagine le rendement faramineux que procurent les loyers de sociétés financières, d’armateurs ou d’avocats d’affaires.

Pour des locataires des ordinaires …

Il n’en est rien : les locataires, c’est vous et nous, contribuables, qui permettent à l’Etat de Genève d’en être l’usager exclusif depuis quatre ans et pour au minimum six ans encore, selon les termes d’un contrat signé à la construction de l’immeuble, en échange d’un loyer annuel de… 5,2 millions, soit 600.- / m² : Un montant 30 % au-dessus du loyer moyen du quartier, le double du loyer de la police judiciaire dans le bâtiment voisin, et très loin des 241.- / m² de loyer annuel moyen payés par l’Etat en 2010. Au St-George Center d’ailleurs, le loyer, c’est pour l’écrin : à peine locataire, l’Etat a dû procéder à des travaux d’aménagement, les locaux se trouvant peu adaptés aux exigences de confidentialité de certains services.

Une affaire juteuse

A l’origine de l’affaire, en 2008, il y a l’achat, par les promoteurs Barbier-Muller et Pillet, pour un montant inférieur à 10 millions de francs, d’une parcelle de l’Ensemble Arve-Rhône construit vers 1960 par les Frères Honegger. L’immeuble est démoli, la parcelle reste excavée. En 2010, le chantier de l’immeuble démarre… les promoteurs ayant reçu de Mark Muller, magistrat en charge des constructions à cette époque et vieille connaissance d’un des promoteurs, l’assurance d’un vif intérêt de l’Etat pour les surfaces administratives créées.

Et puis l’incommensurable: l’Etat signe un bail de quinze ans (dès 2012), résiliable après dix ans, assurant aux propriétaires un pactole de 52 millions.

Saisissons notre calculette : l’Etat, déjà propriétaire du bâtiment voisin, aurait acheté le terrain au début des années 2000 et construit lui-même (un objet plus modeste), il déboursait moins de 50 millions et logeait ses services. En lieu et place, l’Etat verse plus de 50 millions, avec la perspective de se retrouver les mains vides dans quelques années. Quant aux promoteurs, on estime que le terrain, la construction et l’entretien durant quatre ans auront coûté au maximum 70 millions, dont on déduit 20 millions de loyer : 50 millions dépensés, et une plus-value de près de 100 millions à la vente de l’immeuble à la Bâloise en décembre dernier.

Et si cette affaire invraisemblable constituait le premier acte d’une revendication de changement radical, vers une politique de maîtrise foncière à large échelle de la part des collectivités publiques ?


1, rue Gevray


On est quand même passé de logements étudiants à… ça !

C’est l’histoire d’un ancien hôtel, le California, resté vide durant des années.

En 2002, des étudiant.e.s l’occupent, et la Ciguë (coopérative de logement pour étudiant.e.s) obtient pour eux l’autorisation d’y rester jusqu’à ce que des travaux soient entrepris. Dès 2004, un accord est conclu pour rénover des logements qui devront ensuite être loués aux tarifs plafonnés par la Loi sur les Démolitions, Transformations et Rénovations (LDTR), et les étudiant.e.s quittent les lieux. Mais la réalité sera tout autre…

Façade blanche et caméras

En 2007, l’immeuble est revendu à la société Lake Property Development, et en avril 2010, voici que l’Etat accorde l’autorisation d’y construire des appartements de luxe, avec des surfaces allant jusqu’à 526 m2 (sans compter les balcons). L’Etat concède tout de même neuf appartements LDTR, avec une entrée séparée, pour les moins nantis. En 2014, dix ans après le départ des étudiant.e.s, les neuf appartements LDTR du 3 rue Gevray sont enfin mis en location.

Juste à côté, le 1 rue Gevray affiche son nouveau standing d’une façade métallique blanche spectaculaire, maintenue immaculée par un nettoyage soigneux qui implique à chaque fois la suppression de places de parking en zone bleue pendant quelques semaines. Que le peuple veuille bien se pousser, ici se prépare l’arrivée des nantis. Derrière cette façade, les travaux se poursuivent pendant deux ans encore. Nous sommes en pleine pénurie de logements, et pourtant, en plein centre ville, à 100 m du lac, cet immeuble reste vide, à l’exception peut-être d’un appartement au 4ème où la lumière est toujours allumée.

Sans habitants, oui, mais très bien gardé. Un agent de sécurité privée veille jour et nuit à éloigner les indésirables, et les promoteurs ont pris la peine d’installer un système de vidéosurveillance doté de pas moins de quatre caméras installées dans la cour arrière et, incidemment, un angle de vision inégalé sur l’intimité des habitants des immeubles avoisinants.

Le nouvel Eldorado genevois

Et aujourd’hui ? Et bien contre toute attente, les promoteurs pourraient bien réussir leur lucratif pari. Selon l’agence Naef Prestige, sur les 27 appartements du 1 rue Gevray, 17 ont été vendus, dont les deux immenses duplex des étages supérieurs, tandis qu’un autre a été mis en location. Pour les objets plus modestes encore en vente, il faut tout de même compter entre 16’000 et plus de 20’000 francs le mètre carré.

Si vous vous étonnez encore que des gens puissent se permettre des investissements pareils, bienvenue aux Pâquis de demain. Selon le Wealth Report 2017, le quartier se profile en tant que niche pour les super-riches. Genève compte 2570 personnes disposant d’une fortune nette disponible supérieure à 30 millions de francs, et leur nombre devrait encore s’accroître. Avec la bénédiction de l’Etat, le côté populaire du quartier ne sera bientôt plus qu’un souvenir.


19, chemin des Crêts : « Projet Saconnex Parc »


Un immeuble de luxe dans un quartier dit « typique »pour ses bistrots et son côté « village »

Le « Projet Saconnex Parc » a été construit par un promoteur d’appartements de luxe – Les maisons du Léman – sur une parcelle abritant auparavant une villa. Il compte 35 logements en propriété par étage (PPE) de 70 m2 – le studio – à 270 m² avec jacuzzi et piscine. Pour la construction de cet immeuble, il a fallu transformer la zone 5 villa en zone 3 ordinaire, ce qui a été facilité par le fait que les terrains voisins étaient déjà en zone 3 depuis les années 60 et qu’il y avait un projet d’extension de la maison de retraite du Petit-Saconnex.

La Fédération internationale des Sociétés de la Croix Rouge et du Croissant rouge (IFCR), voisin direct de cette villa, aurait souhaité acheter cette parcelle, mais la spéculation sur le prix du terrain l’en a empêché.

Dans un premier temps (en 2008), l’immeuble devait comporter une partie de logements et des bureaux. Le Département de l’Aménagement, du Logement et de l’Energie (DALE) a écarté plusieurs préavis défavorables, notamment un refus concernant la création de bureaux. Ces préavis ont toutefois amené la modification du projet initial et la construction d’un immeuble entièrement dévolu au logement.

Un immeuble entouré de verdure, prélevée sur un bien commun, avec vue sur le lac pour les étages supérieurs

L’immeuble occupe 100 % de la superficie de la parcelle, alors que tout bâtiment doit respecter une certaine distance avec les limites des terrains voisins. De plus, une parcelle appartenant à l’État de Genève (par l’intermédiaire de la FIPOI, Fondation immobilière pour les organisations internationales) a été négociée par les copropriétaires, d’une façon non officielle, directement avec la gérance de l’Etat de Genève. Ils ont obtenu en droit de superficie des jardins privatifs et clôturés autour de l’immeuble. Actuellement, l’IFCR tente de faire recours auprès de la Confédération pour récupérer cette parcelle, ce qui permettra de créer une liaison entre le parc des Crêts et la place du Petit-Saconnex.

La façade ouest de l’immeuble, située en limite d’un espace public appartenant à la Ville de Genève, bénéficie donc d’une situation privilégiée. Ainsi l’immeuble est-il entouré d’un espace de verdure, plus-value évidente, et pour les étages supérieurs, d’une vue imprenable sur le lac et la rade !

Grand business, opération de luxe et collusion à divers niveaux avec le magistrat de l’époque (Mark Muller), mais le terrain n’était pas en zone de développement ! Certains propriétaires ont mis en location leurs appartements avant même la fin de la construction, et ceci à des loyers prohibitifs : un 3 pièces coûtait en 2014, au rez-de-chaussée, 4800 CHF, et au 1er étage,         5800 CHF par mois, selon les investigations effectuées auprès de la régie gérant l’immeuble.


Quel est pour vous le pire dans cette catégorie ?

  • 1, rue Gevray (44%, 137 Votes)
  • 16, bd St.Georges (38%, 118 Votes)
  • 19, chemin des Crêts (18%, 57 Votes)

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